Je suis ton Ombre

Avec ce titre j'inaugure sur mon blog le tag Morgane Caussarieu. L'avenir dira si je le réutilise...
Résumé : 
Poil de Carotte a deux choses en commun avec le personnage du roman de Jules Renard : la couleur de son poil et une vie cauchemardesque. Depuis l'accident qui a coûté leurs vies à sa mère et à son frère Paul, mais aussi rendu son père handicapé, la ferme qu'ils rénovaient en famille se change en taudis. L'amitié apeurée d'un camarade de classe grassouillet ne comble pas bien la solitude... et Poil de Carotte semble détruire tout ce qu'il aime. Aussi, quand un chat noir aux étranges yeux bicolores le guide vers un carnet, c'est avec délices que le jeune adolescent se plonge dans l'histoire de Jean et de Jacques, les deux jumeaux du Bayou qui ont vécu à la Nouvelle-Orléans trois ou quatre siècles plus tôt, et qui sont entrés au service d'un noble pervers. Ce qu'il ne sait pas, bien sûr, c'est que cette histoire qu'il lit n'est pas une fiction et que sa première phrase recèle un avertissement sévère dont il aurait dû tenir compte... à moins qu'il ne soit déjà trop tard ?
L'enfance perturbée semble être un terreau fertile pour le fantastique et l'horreur : qui a quelques souvenirs de ses cauchemars d'enfant doit éprouver encore la peur toute animale et la certitude qu'une fin aussi atroce qu'inéluctable est imminente qui les baignent. Morgane Caussarieu propose ici une histoire aussi inquiétante qu'un cauchemar et l'on ne sait trop dire lequel des tableaux qu'elle nous fait serait le plus épouvantable : s'agit-il du récit de Poil de Carotte qui, à la recherche d'un peu d'affection, finit par commettre des crimes ? S'agit-il de l'histoire des jumeaux Jean et Jacques qui apprennent le mal et la perversité aux mains d'un marquis aussi répugnant que lascif ? Ou bien s'agit-il de ce trou perdu de la région bordelaise, dans les Landes, qui engendre non pas un mais une foule de petits monstres à peine adolescents, et pourtant déjà cruels et obsédés de sexe et de sang ? Au sujet de ce dernier tableau, il est si affreux que l'auteure s'est fendue d'excuses à ses habitants, au terme de son livre !

L'ensemble forme un texte en forme de sable mouvant où l'on s'enfonce, un peu hébété, un peu écoeuré, mais sans pouvoir s'en tirer. Comme la Femme nue montant l'escalier de Miro, ce livre est répugnant et en même temps fascinant : on ne peut s'empêcher d'aller jusqu'à son terme - et ce, malgré sa gradation dans l'horreur, le sadisme et la violence ! - tout en sachant que cela finira mal, et en se doutant que l'ignoble promet d'atteindre des sommets. Il y a là de quoi rendre malade plus d'un lecteur et je ne mettrais en aucun cas ce livre entre les mains de n'importe qui, puisque la description très graphique des scènes de violence impliquant des adolescents est presque le plus supportable dans le tissu d'horreurs qui nous est offert ici. Avec un goût prononcé pour le macabre, pour le pervers, Je suis ton Ombre nous rappelle que la perversité du monde adulte plonge ses racines dans celui de l'enfance : les contes "pour enfants" ne sont - si l'on prend la peine d'y réfléchir - qu'une compilation d'histoires de cannibales, de tueurs en série et de violeurs. Que l'auteure de ce livre prenne la peine d'y adjoindre une histoire de vampires - eh oui - n'a, somme toute, que peu d'importance.

Parce que la leçon de ce livre est au fond la même que celle des contes : le chemin qui mène à l'âge adulte n'est pas rectiligne, il est pavé de souffrance, rempli de chausses-trappes, riche en carrefours dont certaines branches ne sont que des impasses...

Commentaires

Endea a dit…
Ce roman est glauque, atroce et malsain et pourtant il reste d'une puissance littéraire forte et prenante, au point que l'on va jusqu'à sa fin ... je suis tout à fait d'accord avec ta phrase "où l'on s'enfonce, un peu hébété mais sans pouvoir s'en tirer".
Et tout pareil, ce n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains, je m'étonne encore moi-même d'avoir osé m'y lancer xD
Anudar Bruseis a dit…
Je dirais que de mon côté, je ne me serais peut-être pas penché dessus s'il n'avait été en short-list :D

Mais bon, je ne suis pas mécontent de l'avoir lu quand même. Et oui, je suis d'accord avec toi, il est limite malsain.
Hari a dit…
Eh bien ! Quelle chronique ! Ce livre me fait de l'œil depuis un moment mais là, forcément, je doute :D
D'un autre côté, je reste très intrigué, ne connaissant pas l'univers de Morgane Caussarieu…
Anudar Bruseis a dit…
Ah, ne doute pas... d'après toi, ma chronique est-elle positive ou négative :) ?