Yoko Tsuno tome 28

Nouveau tome de la série Yoko Tsuno, ce Temple des Immortels promet dès sa couverture de retrouver certains personnages extraterrestres - ou apparentés extraterrestres ! - dont certains tout droit venus de l'épisode précédent...
Résumé : 
Quelque part en Allemagne, à l'intérieur de l'un des romantiques châteaux de la vallée du Rhin, Yoko et ses amis participent à l'enregistrement d'un disque d'Ingrid. La performance est remarquable, mais un parasite électronique vient perturber l'oreille aiguisée de Yoko : sortie pour prendre le frais, elle découvre bien vite qu'il y a du vinéen derrière cette banale perturbation. En catastrophe, Khâny l'appelle à la rejoindre par l'intermédiaire des tunnels secrets qui débouchent en dessous de Loch Castle. Plus d'un kilomètre plus bas, au terme d'un voyage précipité, Khâny  lui révèle enfin que les exilés vinéens ont décidé de prendre leur indépendance et de s'installer à demeure sous Terre. Or, d'autres êtres vivent dans les profondeurs... certains connus de Yoko - à commencer par l'androïde Zarkâ, qui a mis en coupe réglée certaines grottes plus profondes encore que celles des Vinéens - et d'autres qui ne le lui sont pas encore. Et si les interactions entre les êtres venus de la lointaine Vinéa et les représentants des premières civilisations humaines avaient engendré de nouveaux mythes ? Ou peut-être... de nouveaux cauchemars ?
Comme souvent avec un Yoko Tsuno depuis quelques albums, l'histoire commence par une séparation. Roger Leloup a compris que son univers possède à présent une taille trop importante pour qu'il lui soit possible, dans une seule unité fictionnelle à la durée imposée par la pagination, de faire en sorte que Yoko rende visite à tout le monde, anciennes connaissances comme nouvelles. Ingrid est vue au détour d'un nombre assez réduit de cases, Cécilia n'est citée qu'en passant, Rosée n'apparaît pas beaucoup plus que Vic et Paul, et Khâny vient agir en tant que personnage secondaire dans le premier tiers de cette histoire. Ne restent plus, au rang des personnages principaux, que Yoko elle-même, accompagnée par l'inévitable Emilia, et comme souvent une nouvelle, dénommée Iseut. Le choix de ce trio se justifie assez bien : Rosée ne grandissant pas - on est en BD francobelge... la faire grandir signifierait que Yoko vieillit et ça, ce n'est pas dans le cahier des charges - le besoin qu'éprouve l'auteur d'assortir son héroïne d'une adolescente à même de l'épauler mais aussi de la critiquer nécessite bel et bien une association prolongée avec Emilia. Quand à Iseut, elle témoigne de l'intérêt que Roger Leloup s'est mis à porter - dans un album plus ancien, La Servante de Lucifer - au fonds culturel celtique, et agit comme une véritable ambassadrice de ce patrimoine. Je ne doute pas que l'occasion étant donnée - par exemple, celle d'un voyage temporel en Bretagne païenne - Yoko serait susceptible d'appeler Iseut à la rescousse, les univers de Yoko Tsuno s'entremêlant de plus en plus volontiers. Le premier tiers de l'intrigue agit par conséquent tel une longue introduction qui écarte peu à peu les personnages inutiles à l'histoire, pour en venir au coeur du sujet.

Sa sensibilité la portant toujours à secourir les opprimés, Yoko se trouve ici confrontée - ce n'est pas la première fois - à un pouvoir autocratique, d'essence religieuse, et appuyé par une technologie de toute évidence d'origine vinéenne. S'il semble difficile de comprendre les liens que ce monastère souterrain - dont le doyen joue à Dieu et prolonge ou abrège selon son bon plaisir l'existence de moines dont certains sont des cyborgs plus qu'à moitié - peut entretenir avec le reste du Tsuno-verse, quelques indices permettent cependant de supposer que la construction de Leloup est plus solide qu'il y paraît. C'est avec un certain plaisir que l'on croise ces créatures aquatiques hexapodes jamais revues depuis Les Archanges de Vinéa : de toute évidence, les Vinéens ont tenté à leur niveau d'implanter sur Terre certaines de leurs bêtes de somme... La haute technologie dont les Immortels évoqués dans le titre détournent l'utilisation n'est pas sans évoquer les intelligences plus ou moins artificielles contre lesquelles Yoko se battait dans Le Trio de l'Etrange et Les trois Soleils de Vinéa. Toutefois, Leloup s'abstient ici de reproduire un schéma déjà vu par deux fois : l'intelligence artificielle est ici bienveillante, retenue captive par l'ubris des soi-disant Immortels, et si une fois libre elle adopte l'apparence d'une divinité, c'est pour mieux inciter les êtres humains à s'en remettre à leurs propres capacités humaines.

Une fois de plus, la leçon de Leloup est volontiers humaniste, et même si elle l'est avec insistance, elle ne l'est pas jusqu'à la nausée. L'optimisme et la foi dans le progrès dont les scénarios de Leloup font preuve, album après album, peuvent certes paraître datés, voire handicapants compte-tenu du contexte civilisationnel qui est le nôtre. Il n'en reste pas moins remarquable que, malgré son âge, l'auteur de Yoko Tsuno n'ait jamais renoncé à ce qui est la marque de fabrique de son oeuvre. Peu importe, au fond, qu'il lui soit arrivé de se fourvoyer, ou que ses intrigues soient désormais si longues à démarrer : même à près de cinquante ans, Yoko n'a pas cessé d'être pertinente...

Commentaires

Vert a dit…
Ah Yoko Tsuno... dans ma bibliothèque idéale je mettrais bien toutes ses premières aventures (les 20 premiers quoi :D)
J'ai l'impression que les intrigues deviennent beaucoup plus touffues et avec un casting beaucoup plus large maintenant.
Anudar Bruseis a dit…
J'ai en effet envie de te rejoindre : les intrigues deviennent de plus en plus complexes avec un casting tentaculaire. Et du coup, parfois Leloup se loupe...