Stranger Things saison 2

J'ai eu l'occasion l'année dernière de parler ici d'une découverte en termes de séries avec la première saison de Stranger Things. Pour aller vite, j'avais été conquis - d'abord par la nature du spectacle bien sûr, mais aussi par son exécution et surtout par son contenu. Joie supplémentaire, la fin de cette première saison annonçait la couleur : une suite était possible, et même confirmée. Il n'y avait donc rien d'autre à faire qu'attendre le retour à Hawkins - et celui-ci s'est fait le 27 octobre 2017 !
Résumé : 
Les événements horrifiants de 1983 sont à présent vieux d'un an. Avec l'approche de Halloween, c'est la meilleure soirée de l'année qui s'annonce et qui occupe les esprits des geeks du club d'audiovisuel. Pour Mike, Lucas et Dustin, le retour à une vie normale est désormais acté - mais pour Will, que sa mère ne lâche plus d'une semelle depuis sa disparition l'année précédente, il est d'autant plus difficile d'oublier le cauchemar vécu dans le "monde à l'envers" qu'il doit se soumettre à intervalles réguliers à des contrôles médicaux... ainsi que subir les railleries de certains condisciples qui l'appellent "zombie boy". Et même pour ses amis les plus proches, tout est loin d'être simple : Mike lui-même ne cesse de penser à Eleven alias Elfe qui les a tant aidés à retrouver Will, et qui a disparu depuis sans laisser de traces... De nouveaux événements inquiétants se signalent pourtant ici ou là : le shérif Hopper doit enquêter sur les destructions inexplicables de champs de citrouilles, retrouvées pourries sans trace d'empoisonnement - alors même que le jeune Will Byers subit une recrudescence de ces hallucinations du "monde à l'envers" qui l'affligent depuis sa mésaventure... Les deux types de phénomènes sont-ils liés ? Le laboratoire top secret de Hawkins aurait-il tenté une nouvelle et dangereuse expérience ? Ou bien une volonté plus démoniaque et tout à fait inhumaine serait-elle à l'oeuvre depuis le "monde à l'envers"... à l'oeuvre, et déterminée à s'en échapper ?
Une fois encore, l'ambiance "années 80" me semble très bien restituée par les choix graphiques de la série : vieilles bagnoles d'avant les chocs pétroliers, morceaux contemporains - Time after time de Cyndi Lauper entre autres !, coupes de cheveux dégueulasses discutables et street culture... pour autant que je puisse en juger, il ne manque pas grand chose à l'oeuvre ethnographique et l'on s'y croit. Comme dans la première saison, les auteurs signalent très volontiers leurs dettes aux cultures de l'imaginaire - à commencer par une citation très claire de Ça ! - ce qui permet de comprendre Stranger Things comme ce qu'elle est, à savoir le produit d'une germination réussie sur un terreau des plus riches et des plus diversifiés qui soit. Il est bon de rappeler que la SF ne sort pas de rien, et que le succès de Stranger Things doit sans doute beaucoup à des oeuvres littéraires - ou non - plus anciennes... d'ailleurs, le nouveau monstre de cette saison n'a-t-il pas la tête allongée comme celle d'un alien ? Quoi qu'il en soit, d'un point de vue visuel cela reste réussi et cela parvient même à se renouveler un peu : belle performance qui mérite bien d'être saluée.

L'ambiance ne fait pas tout - et sur le front du contenu, il conviendra de dire que là aussi le contrat est mieux que rempli. D'emblée, on échappe à l'écueil qui aurait consisté à faire de cette deuxième saison un contrepoint en miroir à la première - et où les quatre geeks auraient rassemblé leurs forces pour extraire leur amie Elfe piégée dans le "monde à l'envers". Aucun d'entre eux ne se doute d'à quel point elle se trouve près d'eux, et en tout cas pas dans une autre dimension ! Même si c'est de nouveau Will Byers qui va jouer le rôle de victime - et l'on espère que ça ne sera pas toujours le cas - le schéma de la série se voit renouvelé : à nouvelle saison, nouveau monstre comme on l'a dit plus haut, et à nouveau prédateur, nouvelle stratégie. Le Démogorgon si horrifiant de la première saison avait beau avoir une sale gueule, on pouvait l'interpréter comme un animal plus ou moins intelligent déterminé à varier ses ressources alimentaires, même si la séquence du sauvetage de Will donnait à penser qu'il y avait peut-être quelque chose de plus sinistre derrière son mode opératoire... A la lumière de la deuxième saison, il est tentant de réévaluer cette première interprétation : et si, dès le début, le véritable ennemi n'avait pas été ce nouveau monstre fait de nuées noires ? Et si la capture de Will n'avait été que la première phase d'un plan d'invasion conduit par une intelligence hostile ? C'est ici que la deuxième saison conquiert son statut de grande réussite : elle répond à ses propres questions tout en soulevant de nouvelles interrogations, et en ouvrant la voie aussi à des intrigues secondaires pour ses futurs développements.

Je terminerai cette chronique en saluant à nouveau le talent des jeunes acteurs : ils sont, une fois de plus, crédibles et criants de vérité. Le regard douloureux de l'acteur qui tient le rôle de Will, en particulier, crève l'écran, mais sans toutefois éclipser le jeu de ses comparses : ils ont été bien choisis et ont été très bien dirigés pour en arriver à ce beau résultat. Au terme de la finale, voici que le quatuor masculin initial s'est transformé, incluant au moins une nouvelle et forte personnalité féminine... Tout porte à penser que les auteurs de cette série ont aimé leur sujet - force est de constater qu'ils ont atteint leur objectif avec cette seconde saison si réussie. Bravo !

Commentaires

Vert a dit…
Je l'ai terminée hier soir, très sympa cette deuxième saison. L'intrigue est un peu prévisible parfois mais ça rentre tout à fait dans le cahier des charges "ambiance années 80"
Anudar Bruseis a dit…
Tout à fait d'accord, l'ambiance est tout à fait là pour ce qu'il m'est permis d'en dire au vu de mon âge.

Et comme tu le dis, le spectacle est sympa et même au-delà, n'en déplaise aux haters.