La place d'une femme

Deuxième nouvelle de l'Anthologie des Utopiales 2017, La place d'une femme d’Emma Newman fait intervenir nul autre que Sherlock Holmes dans un contexte pour le moins inattendu...
Résumé : 
Madame Hudson, la logeuse de Sherlock Holmes, aime rôder à proximité du célèbre détective privé lorsqu'il reçoit des clients potentiels en présence de son amie le Docteur Watson. En cette époque future, la vie privée commence à ne plus être qu'un souvenir et l'Etat, au Royaume-Uni, s'est allié pour de bon à une corporation informatique toute puissante. Alors que dans les bas-fonds de Londres les gens meurent de la néo-tuberculose, il s'en trouve pour concevoir d'étonnantes combines destinées à contourner les nouvelles lois - ou peut-être à les circonvenir. Et qui d'autre que Sherlock Holmes pourrait défaire le plus inextricable écheveau de mensonges de l'ère de l'information ?
Bien que future, cette époque dystopique - eh oui, hélas - apparaît bien familière. L'informatique s'est faite plus envahissante que jamais, poursuivant le mouvement amorcé de nos jours : les gens peuvent porter des puces dont les bienfaits s'échangent contre leur vie privée. A ce jeu, il est possible de refuser de jouer - au prix d'une vie archaïque où les notes sont prises sur un bout de papier - ou de tricher - mais la chose est dangereuse et très déconseillée. C'est peut-être parce que Sherlock Holmes refuse les béquilles mentales offertes par les puces, et donc les pouvoirs extraordinaires qu'elles confèrent, qu'il se montre si bon détective - ou peut-être pas, qui sait ? Quoi qu'il en soit, même au plus fort du cauchemar, il existe malgré tout des raisons d'espérer : les nouvelles lois des corporations ne font que se superposer à celles de ce qu'il reste de l'Etat, et pour y échapper il existe une solution appelée opt-out.

Moins satisfaisant, peut-être, est le jeu des genres qui transforme Watson en femme. La féminisation du comparse de Sherlock Holmes n'est en fin de compte qu'une fausse piste : c'est la logeuse du détective qui dissimule de lourds secrets et qui se révèle être la femme éponyme. En cette époque future, la place de la femme est tout aussi codifiée qu'elle devait l'être lors de l'interminable époque victorienne - à laquelle, à ce qu'il paraît, il n'était pas bienséant de prononcer le mot leg - et la place d'une femme que le titre évoque n'est jamais celle d'un pouvoir visible. Par chance, il reste aux femmes un autre pouvoir, celui de la machination la plus intriquée, ce qui permet à l'auteure de faire la synthèse avec la thématique dystopique de sa nouvelle...

En peu de mots, c'est assez convaincant car bien construit, et in fine cela se révèle même très intéressant !

Commentaires

Si je puis me permettre : c'est curieux, surtout en parlant d'un texte pareil, de ne citer nulle part le nom de l'auteur, sauf si on finit par le remarquer/deviner dans les tags après le papier. ^^
Anudar Bruseis a dit…
Eh bien, il s’agit en effet d’un oubli, que je vais réparer au plus vite ;)