Méto tome 1 La Maison

Méto est une trilogie dystopique à destination du jeune public écrite par Yves Grevet. La présente chronique s'intéresse au premier tome de son adaptation en BD.
Résumé : 
La Maison du Bonheur accueille soixante-quatre garçons soumis à une discipline presque militaire. Les journées sont organisées à la minute près, sur la base de règles si strictes que même le temps de chaque repas est décompté. Méto est l'un des plus âgés : il sait que tôt ou tard, il va briser son lit en bois - et qu'il sera expulsé de la Maison. C'est le sort que subit son ami Quintus, le jour même où les Césars confient à Méto l'instruction d'un nouveau. Crassus montre assez vite qu'il ne comprend pas la raison d'être des règles organisatrices de la Maison : pour Méto, qui va devoir subir à sa place les punitions liées à un mauvais comportement, le mois d'apprentissage de son élève promet d'être long... Surtout alors que les Césars semblent de plus en plus tendus. Que se passe-t-il à l'extérieur de la Maison ? Que deviennent ceux qui en ont été expulsés ? Mais surtout... Comment se fait-il que nul ou presque n'ait de souvenirs du monde extérieur ?
Des adolescents prisonniers d'un univers carcéral qui ne dit pas son nom et où les relations sociales sont truquées, une violence à fleur de peau, un personnage principal qui comprend les règles mais cherche à les circonvenir d'une façon ou d'une autre : j'ai eu le sentiment de retrouver ici un peu de l'Enderverse d'Orson Scott Card. La ressemblance entre les deux œuvres s'arrête néanmoins là : les garçons de la Maison semblent avoir été purgés à dessein de tout souvenir du monde extérieur, ils ne savent pas ce qu'ils font dans cette étrange pension, mais ils savent que ceux qui ne respectent pas les règles finissent mal. Tout est donc fait pour que la peur agisse en tant que puissant incitatif : peur des coups - lesquels sont, raffinement suprême, appliqués par les garçons eux-mêmes - peur du frigo - une chambre froide servant de cachot - et même peur de l'histoire personnelle des sujets - que la diffusion perpétuelle d'un film anxiogène finit peut-être par altérer en générant des faux souvenirs. Face à ces diverses angoisses, les garçons savent que les règles assurent une forme de tranquillité : si tout le monde fait ce qu'il doit faire, alors la Maison est accueillante car l'on y est au chaud et l'on y mange à sa faim, même si l'on ne comprend pas leur raison d'être... Sauf que l'une des règles de la Maison implique, ni plus ni moins, que le temps de séjour d'un pensionnaire est limité par le haut puisque nul ne peut s'empêcher de grandir.

Dans cette angoissante Maison, Méto est un narrateur des plus objectifs. Il est l'un des plus âgés, soit donc un expert lorsque l'on en vient à l'art de suivre les règles : il sait comment éviter les punitions, il prend un certain plaisir aux activités offertes par les Césars, et dans le pire des cas il dispose de la ressource nécessaire pour survivre aux sanctions sans trop de casse. Il sait aussi, et surtout, dissimuler sa curiosité à l'égard de la Maison - une curiosité peut-être aiguillonnée par la perspective de son expulsion prochaine. L'élément déclencheur sera l'irruption de Crassus : le garçon plus jeune, encore inexpérimenté, sera l'occasion pour Méto de voir son quotidien devenir soudain plus anxiogène car moins prévisible ; et par ailleurs, la présence d'un pupille vient lui rappeler à quel point sa condition est transitoire. D'où viens-je, et qu'est-ce qui vient après pour moi ? Telles sont les questions qui permettent au sujet humain de questionner sa temporalité... Dans ce lieu de déshumanisation, où la règle semble n'exister que pour les besoins de la règle, Méto apprend donc - ce qui est en soi paradoxal ! - à devenir humain... et à semer les graines de sa propre révolte.

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