Autremonde tome 7 : Genèse

Autremonde : un univers inventé par Maxime Chattam, et dont la publication a commencé en 2007, mais que je n'ai découvert d'une façon tardive qu'en 2014 sur le conseil d'un ami. Sept titres : L'Alliance des Trois, Malronce, Le Coeur de la Terre, Entropia, Oz, Neverland et maintenant Genèse, évoquant le devenir des quelques survivants d'un cataclysme ayant éliminé la majeure partie de l'espèce humaine et transformé toute la biosphère. Autremonde, c'est une Terre où les adultes se sont changés en êtres hostiles à leurs propres enfants, quand ils n'ont pas disparu de façon pure et simple. En Autremonde, c'est sur les enfants et les adolescents que repose la sauvegarde de la planète face aux nuées d'Entropia, monstrueuse émanation de la pollution laissée par la civilisation disparue... quand ces jeunes, les "Pans", ne sont pas pourchassés par les adultes changés en "Cyniks" pour être réduits en esclavage ou pour connaître un sort pire que la mort. Le septième tome de cette série était aussi annoncé comme le dernier : l'occasion pour le lecteur de visiter Autremonde une ultime fois, et pour l'auteur de résoudre les énigmes découvertes par les jeunes héros tout au long de leur quête...
Résumé : 
Cette fois-ci, ça va mal. Alors qu'Entropia se répand sur toute l'Europe, le successeur de l'empereur Oz a été assimilé, mettant ses ressources et ses troupes au service de Ggl. Pour Matt, Ambre et Tobias, la quête prend des allures de fuite éperdue : le chemin vers le troisième et dernier coeur de la Terre, au Proche Orient, promet d'être pavé d'obstacles. Pourchassés par les troupes impériales comme par les nuées d'Entropia, leur petit groupe doit s'engager sur un chemin des plus périlleux, sous une nouvelle chaîne de montagnes, à travers un réseau de cavernes que l'on dit peuplées de monstrueux prédateurs. Et ce périple souterrain pourrait bien n'être que la partie la plus facile de la route : il faudra trouver ensuite un moyen de traverser la mer alors que les espions de Ggl et les traîtres à la solde de l'empereur se trouvent partout... peut-être, qui sait, au sein même du petit groupe de fuyards. Les Pans le savent, leur seule chance est d'amener Ambre auprès du troisième coeur de la Terre - mais ils savent aussi que tous ne survivront pas au voyage. Et même si le jeu en vaut la chandelle, sont-ils tous prêts au sacrifice ?
Genèse, en tant que dernier tome d'une série, est le moment des ultimes révélations. La moindre n'est pas celle de la nature véritable de la Tempête qui a, deux ans plus tôt, changé la Terre en Autremonde : loin d'être une réaction immunitaire contre les excès de la civilisation techno-industrielle (mot composé digne de Jodorowsky s'il en est !), celle-ci a été dirigée par une volonté consciente qui n'est autre que celle de Ggl, cet ennemi de l'individualité dont l'origine est elle-même dévoilée. Si les néologismes désignant les sbires de Ggl apparus dans les épisodes précédents - Rêpboucks et autres Kwitters - ne laissaient pas trop d'incertitudes, on obtient ici la confirmation de ce que cette intelligence artificielle malveillante émane au moins en partie des réseaux sociaux et de leurs immenses bases de données d'utilisateurs. Alors que les jeunes héros chattaient sur MSN au début de la série, voici qu'on les découvre maintenant marginaux et inadaptés (?) car non inscrits sur les réseaux sociaux du monde d'avant. La leçon d'Ambre est assénée avec un peu trop d'assurance pour ne pas perdre de sa valeur : cette dénonciation aux accents luddites du pouvoir des écrans, et de la fascination qu'ils exercent, finit par en apparaître maladroite.

Avec la fin du voyage, c'est aussi la relation entre Ambre et Matt qui se concrétise. Le jeune homme a seize ans, et ça fait deux ans que lui et la jeune femme se tournent autour : que le monde ait été transformé ou non autour d'eux, les hormones sont là et jouent leur rôle, et c'est à proximité du troisième et dernier coeur de la Terre que les deux tourtereaux vont donner un tournant physique à leur intimité. Les scènes de sexe au milieu d'une oeuvre accessible au jeune public, c'est toujours délicat - et parfois c'est même si raté que cela suffit à disqualifier une oeuvre. Le passage en question échappe au grotesque, peut-être de justesse : au moins a-t-il le mérite d'apparaître au terme de la cohabitation entre les deux jeunes gens et non au début ! Ce développement attendu m'avait laissé supposer que la solution résulterait, d'une façon ou d'une autre, de l'absorption par Matt du dernier coeur de la Terre et de son union avec Ambre. Bon, je l'avoue, je me suis trompé - mais je n'étais pas tout à fait très loin de la véritable solution, cela dit...

La série parvient à se finir sans trop de dei ex machina, en une double bataille finale - à moins que ce ne soit une version nouvelle de la bataille des cinq armées ! - qui est l'occasion de revoir quelques personnages secondaires, de donner à des méchants quelques chances de rédemption, et de faire périr quelques (enfin...) gentils parce qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'oeufs. A lire ce dernier tome, les hommages au légendarium de Tolkien semblent fréquents : le voyage chtonien de Matt et ses amis évoque le passage de la Moria mais aussi le séjour en Lothlorien, l'intervention des Elémentaires fait penser à la charge des Ents, et le fait qu'une partie de la bataille se joue très loin de l'endroit de la confrontation finale rappelle celle qui conclut Le Seigneur des Anneaux. De toute évidence, Maxime Chattam aime et connait ses classiques, au point de vouloir leur faire les clins d'oeil d'usage : à ce petit jeu, le lecteur pas convaincu par les développements ultimes de l'intrigue pourra trouver quand même de quoi s'amuser un peu, assez en tout cas pour se dire que si Genèse ne tient peut-être pas toutes les promesses faites par ses six prédécesseurs, sa lecture n'en est pour autant pas déplaisante. L'auteur, dans sa postface, évoque la possibilité de compléter cette série par un spin-off en deux romans : l'espace existe pour le faire, c'est une évidence. L'avenir dira si cette possibilité se réalise : on verra le moment venu, et le cas échéant, si je m'y intéresse ou pas.

Commentaires

Kathleen Wolkaiw a dit…
Bonsoir,
J'ai dévoré la saga Autre-Monde de Maxime Chattam, c'est un de mes auteurs préférés. Je l'ai découvert avec Léviatemps, c'est ce livre qui m'a (re)donné le goût de la lecture. J'avais quelques appréhensions quant à le découvrir dans un autre genre, celui du fantastique. Toutefois j'ai rapidement su m'attacher aux personnages, j'ai adoré l'intrigue et les idées véhiculés par l'auteur. Cette saga est une réussite à mes yeux, avec des tomes sans doute plus 'forts' que les autres. J'ai très envie de découvrir d'éventuels spin-off car l'univers d'Autre-Monde m'a beaucoup plu.
Anudar Bruseis a dit…
Je n'ai pas lu autre chose de lui qu'"Autremonde". Je sais qu'il a écrit pas mal de polars, et je sais aussi qu'il est très apprécié de son lectorat.

Ses livres se lisent très bien, cela coule de source, avec ce qu'il faut de phases d'introspection et de phases d'action. En ce sens, je les mettrais sans hésiter entre les mains de jeunes lecteurs afin de les initier à la fantasy... Je ne suis pas étonné que tu en sois sortie conquise !