Lum'en

Laurent Genefort et ses mondes de space-opera ont déjà eu l'occasion d'être chroniqués sur ce blog. Lum'en est un planet-opera se déroulant dans le même univers que, par exemple, La mécanique du talion : honoré de pas moins de trois prix (Julia Verlanger 2015, GPI 2016 et Prix Rosny Aîné 2016) Lum'en végétait malgré tout dans ma PàL depuis un peu trop longtemps. J'ai décidé ces derniers temps que son heure était venue...
Résumé : 
Garance est une planète habitable mais dont la biosphère est incompatible avec celle du Berceau de l'humanité : si une colonie s'y installe malgré tout, c'est avec l'appui d'une firme multimondiale désireuse d'en exploiter les gisements de métaux lourds. Installation et exploitation complexifiées par les particularités de Garance, qui abrite ainsi des formes de vie originales dont l'une au moins est intelligente mais avec laquelle jamais l'être humain ne fera d'efforts sérieux de prise de contact. Au fil des ans, les enjeux changent, les individus partent, mais la rapacité humaine reste... Les Pilas de Garance pourront-ils survivre à la présence de l'être humain ? Trouveront-ils un appui auprès de Lum'en, l'entité que les Vangk ont piégée des éons plus tôt à l'intérieur même de l'écorce rocheuse de la planète ?
Un monde neuf, sur lequel de rapaces firmes pan-capitalistes mettent la main pour y attirer toute une foule de travailleurs en usant de subterfuges publicitaires qui ne valent pas mieux que la vile propagande des états-nations. Une nouvelle frontière, faite d'opportunités, de regrets, d'idées pas tant neuves que recyclées, sur laquelle habitent gens normaux et donc médiocres, fonctionnaires plus ou moins désabusés, malfrats minables, rebelles charismatiques et/ou illuminés... Un siècle environ de colonisation humaine, de l'instauration du Site alpha jusqu'à l'évacuation finale (ou presque). Au cours de sa présence sur Garance, l'espèce humaine se révèle au pire prédatrice et au mieux indifférente à ce monde nouveau qu'elle a choisi d'abriter. La philosophie dominante est celle de l'uniformisation, Garance ayant vocation à devenir l'un de ces mondes interchangeables de l'espace humain, sa seule ville portant un nom répandu ailleurs dans l'univers et ses habitants cherchant à lui donner un visage plus conforme à ceux de la Terre qu'ils connaissent mieux - que ce soit par fanatisme religieux, par méchanceté ordinaire ou encore par pur désintérêt. Quant à ceux qui tentent une voie différente - celle de la réconciliation biochimique - ils sont d'ores et déjà condamnés par le destin...

L'espèce humaine, dans Lum'en, n'est donc pas le personnage principal : tous les personnages humains de cette histoire ne sont que des témoins du bref passage (au regard des temps géologiques) de la civilisation - au sens humain du terme - sur un monde bien trop différent des autres pour disposer d'un réel intérêt économique. Dans Lum'en, il est tentant de considérer l'espèce humaine comme en cours de péremption, même si son passage sur Garance aura comme lointaine conséquence la libération de l'entité souterraine et l'élévation à la civilisation des Pilas. C'est donc à travers le récit accéléré de la fondation, de la croissance, de l'apogée, de la décadence puis de l'effondrement d'une société humaine sur un monde neuf, que Laurent Genefort offre une mise en perspective des phases de la civilisation. Un siècle, à l'échelle des temps géologiques et astronomiques, c'est peu - mais c'est suffisant pour que l'être humain vienne, s'installe puis s'en aille pour de bon. Vingt-cinq mille ans, c'est au contraire le temps qu'il faut à Lum'en pour guider les Pilas sur la voie de la civilisation... Chaque individu - qu'il soit ou non humain - dont l'histoire personnelle est évoquée dans ce livre vient pourtant trouver un rôle à jouer dans le récit d'ensemble, qui est appelé d'une façon ou d'une autre à être inclus dans un mythe des origines. Qu'il est intéressant de voir Lum'en prendre la forme d'un planet-opera ! Ce choix explicite en effet le fait que l'Histoire d'une civilisation est liée de façon inextricable à celle de son substrat planétaire - évolution et géologie comprises, sans en retrancher les différentes crises. A cette compréhension, l'espèce humaine dans ce roman reste sourde - force est d'ajouter : un peu comme nous savons l'être à l'heure actuelle... Lum'en est donc, en creux, un beau portrait de l'être humain - et par conséquent aussi une belle leçon d'humanité !

Commentaires

Yogo a dit…
J'avais adoré, une belle leçon d'humanité en effet.
Intelligent, drôle et dépaysant. On retrouve ici le meilleur de l'auteur.
Anudar Bruseis a dit…
Oui, c'est le genre de livre qui donne l'impression qu'on n'a pas assez lu son auteur...
Baroona a dit…
J'avais adoré aussi, bien que n'ayant pas toujours été conquis par l'auteur. Un grand livre, où la forme est au service du fond !
Anudar Bruseis a dit…
Ah ? Qu'est-ce qui ne t'a pas plu dans l'oeuvre de Genefort ?
Tigger Lilly a dit…
Beaucoup aimé aussi même si moins que la saga Omale (mais à peine). Les Pilas sont merveilleux.
Anudar Bruseis a dit…
Oui, ce sont de très belles créations !