Jennifer a disparu

Crimes, aliens et châtiments est le seul livre que je me suis offert à la Convention Nationale de SF d'Amiens de juillet 2018. Il contient trois textes d'autant d'auteurs différents, qui s'inscrivent dans un même contexte : celui où, à la suite d'une arrivée massive d'extraterrestres sur Terre, la science-fiction serait pour de bon passée de mode et où les auteurs de SF auraient dû se reconvertir en détectives privés ! Laurent Genefort est le premier à se prêter à l'exercice en nous offrant Jennifer a disparu.
Résumé : 
Un beau jour, monsieur G*** - détective privé de son état - voit débarquer dans son bureau un extraterrestre qu'il identifie au premier abord comme un "totoro" : Patou vivait à Creil avec son compagnon Jennifer jusqu'au jour où quelqu'un le lui a enlevé. En désespoir de cause, Patou a décidé de faire enquêter sur cette disparition : elle et Jennifer sont les deux derniers représentants de leur espèce, et elle tient à son compagnon. G***, le détective privé de dernière catégorie, sera-t-il à la hauteur de la tâche qui s'annonce ? Et surtout... méritera-t-il son salaire de vingt euros journaliers, frais non compris ?
Derrière la couverture noire de ce petit livre au titre alléchant se cache un premier texte qui est un véritable bijou d'humour et même d'humour noir par moments : l'enquête (chaotique à souhait) que conduit le détective G*** ressemble à celles qu'affectionne l'oeuvre d'Eduardo Mendoza ! Le détective est perdu dans un monde hostile mais pas trop où la débrouille et la combine se substituent à toute forme d'organisation y compris intellectuelle. Ce monde a été fichu en l'air par l'insertion de l'espèce humaine et de la Terre dans un réseau de communications galactiques, mais ce n'est pas grave : les tags fleurissent toujours sur les murs des bâtiments publics, les rivières charrient des objets non identifiés, les gourous remplissent leurs poches au détriment de leurs fidèles et la police reste corrompue, imbécile ou plus volontiers les deux à la fois. Tout en haut de l'échelle, politiques et vedettes continuent à prospérer : en quelque sorte, même si plus rien n'est comme avant, rien n'a changé !

Laurent Genefort livre donc ici une jolie petite parodie de roman noir, prenant un malin plaisir à en recycler certaines de ses ficelles si usées qu'elles en sont devenues de véritables poncifs, et à faire s'en moquer son propre avatar au fil du texte. On sent que l'auteur s'est amusé comme un petit fou tout au long de sa rédaction, n'oubliant jamais d'en rajouter un peu plus, encore plus, toujours plus dès lors que c'était possible, histoire que le lecteur ne manque pas de pouffer de rire à son tour. Et cela marche : on se régale à prendre connaissance des étapes de l'épopée contrainte où G*** doit voyager de Paris à Creil, puis à Rouen, Amiens et Bruxelles, sans jamais trop savoir comment il va pouvoir boucler son enquête - ou même s'il en sera capable - et rassemblant autour de lui une équipe inattendue. Dans ce futur tout proche, les êtres humains sont dans la dèche - mais les aliens aussi. Et le crime naît volontiers de la pauvreté.

Jennifer a disparu est par conséquent un excellent morceau qui justifie à lui seul que l'on s'intéresse au recueil qui le contient, à tel point que l'on se demande si les deux autres seront en mesure de soutenir la comparaison... Quoi qu'il en soit, bravo !

Commentaires

Yogo a dit…
J'avais bien aimé ce court texte assez déjanté.
Et Laurent Genefort a un talent de conteur indéniable surtout quand il faut dépeindre nos amis E.T
Anudar Bruseis a dit…
C'est en effet un excellent Genefort, tout à fait dans la lignée de son "Points chauds" même si le ton est ici très humoristique...