Les arbres sont des gens comme les autres

Huitième nouvelle de l'Anthologie des Utopiales 2017, ce texte écrit par Timothée Rey possède un titre étonnant - et se voit par ailleurs accompagné d'un épigraphe en forme de pied de nez...
Résumé : 
En l'an 2241, le narrateur subit une opération radicale. Carmen, la femme qu'il aime, part pour une mission à plus de quatre cents années-lumière... On lui propose de l'attendre au chaud à l'intérieur d'un goborme, c'est-à-dire un arbre extraterrestre à l'intérieur duquel on va greffer son système nerveux afin, au retour de Carmen, de pouvoir l'implanter sur un corps cloné juste à temps. Mais une fois greffé à l'intérieur du végétal, voici que ses nerfs s'interfacent avec les organes sensoriels rudimentaires du goborme... Est-il encore humain ? Est-il devenu l'arbre ? Sera-t-il prêt à retrouver Carmen mille cinq cents ans plus tard ?
Les voyages spatiaux promettent bel et bien d'être, sinon sans retour, du moins de prendre si longtemps - surtout à des vitesses relativistes - qu'il faudra envisager des séparations au très long cours entre individus qui s'aiment. La solution que l'auteur imagine ici est originale et en même temps risquée. La plante possède un rapport à l'espace et au temps tout à fait différent de celui de l'animal : en imaginant cette chimère biologique de système nerveux humain et de corps végétal extraterrestre, l'auteur explore une dimension inattendue de cette divergence. L'être humain commence par devoir s'habituer au rythme du temps plus lent, à son immobilité permanente - le goborme est, comme les plantes sur Terre, un organisme sessile - et à ses fonctions biologiques déroutantes. L'adaptation se fait in fine sans problème dans un sens (il est vrai que le sujet dispose de tout le temps nécessaire pour l'accomplir) mais se révélera plus problématique dans l'autre...

Les arbres sont des gens comme les autres, au titre et à l'épigraphe teintés d'humour, se conclut sur une troisième plaisanterie au goût plus noir : comme toujours avec l'être humain, les meilleures blagues sont celles qui impliquent l'adultère et la mort. En ce sens, oui, les arbres sont des gens comme les autres - à condition d'être conscients d'eux-mêmes et de l'existence de leurs semblables... C'est donc une nouvelle étonnante qui nous est livrée ici, un texte comme on aimerait en lire plus souvent en SF !

Commentaires

Tigger Lilly a dit…
Toi aussi tu fais du rattrapage pré-utopiales ?
J'ai vraiment bien aimé cette nouvelle et son rapport au temps bien particulier. La fin est surprenante en effet, ça déstabilise après tant de sérénité...
Anudar Bruseis a dit…
C'est en effet un rattrapage, en quelque sorte... Même si j'ai commencé ma lecture de cette anthologie au début de l'été, je l'ai étirée plus que de raison ;)

C'est en tout cas une jolie nouvelle, qui sait se faire surprenante du début jusqu'à la fin - ce qui n'était pas si facile compte-tenu de ses choix de temporalité !