Les Mystérieuses Cités d'Or - saison 1

Au Planète-SF, on héberge de drôles d'oiseaux et si j'écris le présent article, c'est un peu à cause du Licornosaure officiel de notre communauté : Lune a lancé il y a quelques temps son challenge hivernal "madeleine de Proust" auquel - sans bien comprendre comment ni pourquoi - je me suis retrouvé inscrit d'office. Et puis, quelques temps plus tard, Lhisbei a chroniqué l'une de ses madeleines de Proust qui se trouve être aussi l'une des miennes - j'en veux pour preuve cette interview d'Hervé de La Haye que j'avais réalisée il y a quelques temps ! Au plaisir pris à lire l'article de Lhisbei et à le commenter, je me suis dit qu'il me fallait envisager avec sérieux de participer au challenge de l'amie Lune. Et tant qu'à faire, autant la surprendre et donc apporter à l'édifice une pierre qui n'aurait pas été aussi sableuse qu'on aurait pu l'attendre de moi : pour y parvenir, il me fallait remonter plus loin dans le temps. Et ce plus loin porte un nom : Les Mystérieuses Cités d'Or.
Résumé : 
Le XVIème siècle. Esteban, à douze ans, vit à la cathédrale de Barcelone de laquelle il s'échappe souvent afin d'aller écouter les récits des marins : l'Espagne est une grande puissance maritime et ses galions traversent l'océan Atlantique en direction du continent occidental, où l'or coule à flots et attire toutes les convoitises. Dans une taverne, il fait la connaissance de Mendoza, un homme qui détient une partie du secret de ses origines... Alors que succombe le père Rodriguez, le supérieur de la cathédrale qui l'a élevé depuis sa petite enfance, Esteban va se tourner vers Mendoza qui lui propose de partir vers les Amériques : le jeune garçon possède un pendentif incomplet qui serait une clé permettant d'ouvrir les fameuses Cités d'Or. Si Mendoza ne semble s'intéresser qu'à l'or, il a planifié son voyage avec soin : Esteban n'est pas un enfant ordinaire, car il a la réputation de pouvoir dissiper les nuages et le mauvais temps pour "appeler le soleil"... et lorsque Mendoza l'introduit dans la soute du bateau en partance pour le Pérou, Esteban découvre que le navigateur a enlevé l'une des familières de la reine d'Espagne, une fillette inca jadis arrachée à son peuple et l'une des seules personnes en Europe à savoir lire les quipu. Le voyage ne sera pas de tout repos : les ennemis ne manqueront pas sur la route vers les mystérieuses Cités d'Or, pas plus que les amis fidèles. Suite à un naufrage, Esteban et Zia feront la connaissance de Tao, un garçon de leur âge qui prétend être le dernier héritier d'une civilisation de l'océan Pacifique jadis toute puissante et dont les avant-postes américains ont inspiré les incas et les mayas. Dans quelle mesure les Cités d'Or ont-elles un lien avec l'héritage de l'Empire de Mu ? Et dans quelle mesure leur destin est-il lié à celui des trois "enfants du Soleil" ?
Je pense qu'aucun enfant ayant grandi pendant les années 80 - ce qui est mon cas - n'a pu passer à travers le phénomène des Mystérieuses Cités d'Or ! Pour Jean Chalopin il ne s'agissait plus de produire une version future et science-fictive de l'Odyssée d'Homère mais bel et bien de s'aventurer sur les routes plus redoutables de la fiction historique. Pour les enfants que sont Esteban et ses amis, l'aventure est belle qui leur permet de croiser des personnages historiques et de se confronter à l'hybris des conquistadores - et de par le fait, une bonne partie de la série est l'occasion de conduire les jeunes téléspectateurs aux confins de ce nouvel écoumène que les explorateurs espagnols et portugais avaient découvert quelques décennies avant le début de l'histoire. Il est facile, pour le téléspectateur, de s'identifier aux jeunes héros parfois imparfaits des Mystérieuses Cités d'Or : Esteban est aventureux mais se montre par moments faillible ; Zia connaît le terrain et les coutumes des peuples rencontrés sur la route mais se révèle parfois effacée ; Tao est ingénieux mais ne maîtrise pas toujours ses émotions. Le portrait d'humanité que constitue ce trio est donc assez équilibré, les qualités des uns et des autres étant complémentaires et leurs défauts se compensant assez bien : aucun d'entre eux ne pourrait aller au bout de l'aventure sans que les autres lui viennent en aide et sans venir en aide aux autres. Les personnages secondaires de cette série ne sont pas en reste : comiques (Pedro et Sancho), inquiétants (Pizarro mais aussi et surtout les Olmèques) ou encore énigmatiques voire ambigus (Mendoza, qu'il n'est pas possible de cerner avant les ultimes épisodes), ils permettent bel et bien de montrer toute l'ambivalence du monde adulte, qui sait se montrer aussi bien amical et protecteur que menaçant et rapace... ainsi que ses nuances de gris, car les personnages amicaux peuvent soudain se montrer moins positifs et que l'inverse est vrai aussi.

Sur le front technique, la série se révèle être là aussi une belle réussite. Le dessin est beau, les paysages riches, l'identité visuelle des personnages est soignée. Certains d'entre eux se payent même le luxe de changer d'apparence au fil de l'histoire : ainsi Esteban revêt-il plusieurs tenues différentes, portant une robe de moine dans le premier épisode, adoptant très vite une vêture plus propice à l'aventure et trouvant son costume définitif peu de temps après s'être lié d'amitié avec Tao. Si celui-ci ne change pas de vêtements au cours de la série - tout comme Zia au passage - il lui arrive, à la faveur d'une chute ou d'une acrobatie, de révéler sous sa robe un pudique et amusant caleçon blanc... L'animation n'est pas en reste : les personnages se déplacent de façon souvent indépendante sur le paysage, ont un visage expressif grâce aux mouvements de leurs traits, et savent même se mouvoir de façon réaliste - ainsi Esteban, quand il suit Mendoza sur le pont du bateau en partance pour les Amériques, bouge-t-il en écartant les bras comme un enfant alors que l'adulte le fait de façon plus maîtrisée. La réussite graphique est donc indéniable, et ce qui ne gâche rien elle est soutenue par une ambiance musicale des plus convaincantes. La bande-son originale est composée de titres évocateurs qui servent de thèmes en fonction de la situation que rencontrent les personnages - et qui finissent par faire partie intégrante de la légende : j'en veux pour preuve le succès que les morceaux originaux et leurs innombrables reprises au synthétiseur par des passionnés rencontrent sur un célèbre site de streaming vidéo !

Mais comment parler des Mystérieuses Cités d'Or sans évoquer son riche contenu science-fictif ? Je dois avouer qu'alors que j'avais très bien identifié Ulysse 31 comme une série space-opera - c'était facile - je n'aurais pas, avant de la revoir à l'âge adulte, associé Les Mystérieuses Cités d'Or à la SF. Et pourtant ! L'emblématique véhicule de la série - le grand condor ! - en témoigne dès le générique, il n'est pas possible de comprendre Les Mystérieuses Cités d'Or sans prendre en compte cette dimension-là : ce XVIème siècle est le dernier d'une ère obscure pour les civilisations européennes, mais dans le cadre fictionnel où vit Esteban il est possible d'y trouver les reliques technologiques de l'Empire de Mu, disparu depuis des millénaires. Ces trésors que les jeunes héros découvrent au fur et à mesure que l'histoire progresse, ils éveillent l'émerveillement chez le téléspectateur mais aussi son étonnement : comment une civilisation aussi avancée que celle de Mu a-t-elle pu disparaître ? Comment même son continent a-t-il pu être englouti par l'océan ? Au fil des épisodes, c'est en fait une histoire sinistre qui se dévoile, celle d'un conflit passé entre Mu - ancêtre des civilisations précolombiennes - et l'Atlantide - qui semble avoir quant à elle influencé la Grèce antique et les cultures italiques - dont la résolution apocalyptique aurait impliqué une arme terrifiante. Entre les descendants de Mu qui ont tout oublié de leur héritage - Incas et Mayas - et ceux qui ont su maintenir un noyau de civilisation technologique au prix d'une part de leur humanité - les Olmèques, inquiétants antagonistes sur la fin de la série - le téléspectateur est confronté à une belle illustration de ce à quoi peut ressembler un monde issu d'un conflit nucléaire ayant eu lieu dans un passé reculé. Cet intéressant sous-texte m'avait bien sûr échappé quand j'avais découvert Les Mystérieuses Cités d'Or lors de sa première diffusion : ce ne fut que vingt ans plus tard que je parvins à l'identifier... Il est vrai que dans l'intervalle j'avais pu lire La Nuit des Temps - et que l'arme solaire évoquée par le Grand Prêtre de la Cité d'Or devant Esteban était maintenant en mesure de me rappeler celle du livre de René Barjavel. Je n'oserai pas prétendre que Jean Chalopin avait lu La Nuit des Temps avant d'entamer son travail sur Les Mystérieuses Cités d'Or - mais les citations du livre dans la série me semblent encore et toujours si transparentes que je n'en serais pas étonné : les Cités d'Or, au fond, sont des machines destinées à permettre la ré-éclosion d'une civilisation disparue, soit donc la fonction même dont Barjavel avait investi l'Abri de son oeuvre... et celui-ci n'était-il pas fait en or lui aussi ?

Au carrefour de plusieurs traditions de l'imaginaire, soutenue par une volonté de perfection technique et par des personnages attachants, la série Les Mystérieuses Cités d'Or est un véritable OVNI qui a su convaincre et fidéliser un large public : telle est la madeleine de Proust que je désirais mettre en avant... Bravo, et merci !

Commentaires

Yogo a dit…
En effet toute notre enfance !
Et quand on tombe dessus, on regarde toujours avec les yeux de notre jeunesse... et c'est amusant de te voir décortiquer cette série avec tes yeux d'adultes. (ou de grand enfant :-D )
Anudar Bruseis a dit…
Il est certain que j'ai pris du plaisir à la voir avec ce double regard :)
Baroona a dit…
Ça donne envie de les revoir !
Tu as jeté un oeil à la suite qui a été faite récemment ?
Anudar Bruseis a dit…
Je l'ai regardée. Elle a un mérite, qui est celui d'exister, même si l'ambiance est assez différente, à tel point que certains puristes adorent la détester :)
Lune a dit…
Merci pour cette chronique ! En effet tu m'as surprise en ne choisissant pas Dune, bravo ;-)
Ton article est très intéressant, il y a longtemps que je n'ai pas regardé Les Mystérieuses cités d'or et je ne suis pas tout à fait certaine d'avoir vu la série entière. Comme tu l'évoques il peut être éclairant de revoir adulte un dessin animé de qualité, qui en révèlera encore plus que celles qu'on avait pu garder en mémoire depuis l'enfance. Pour moi ça avait été Cobra, et je pense qu'en le revoyant encore aujourd'hui (10 ans plus tard par rapport à mon dernier visionnage, j'y verrais encore d'autres choses - et peut être pas mal de sexisme mais bon !)
Effectivement le côté SF m'avait un peu échappé sur Les Mystérieuses cités d'or, le côté historique étant le plus évident pour un enfant au final !
Merci de ta participation,
signé ton licornosaure préféré.
Anudar Bruseis a dit…
Hé hé, je suis plein de surprises :) De mon côté, je n'ai jamais vu "Cobra" je crois, mais il faut dire que mes parents triaient un peu ce que j'avais le droit de regarder. Par contre, je garde beaucoup de souvenirs d'"Albator" !

Bon, sinon, quand est-ce que le Licornosaure vient faire un tour à Lyon ? Je veux pas dire, mais il y a des tas de gens qui ne croient pas en l'existence de cette créature mythique...
Lune a dit…
Je ne suis moi-même pas très sûre de croire en mon existence !
Anudar Bruseis a dit…
Bah, je te certifie que tu existes... Après tout, je t'ai rencontrée ;)
Vert a dit…
J'adorais cette série quand j'étais petite. Je l'ai terminé y'a quelques années après avoir acquis les DVDs, j'ai trouvé ça un peu longuet et décevant sur la fin. Mais bel univers tout de même !
Anudar Bruseis a dit…
Il y a, dès l'irruption des Olmèques dans le scénario, un véritable changement d'ambiance que tout le monde n'apprécie pas. Pourtant, la SF dans les MCO est perceptible très tôt et même avant la découverte du Grand Condor : peut-être est-elle amenée sans assez de finesse...

A ce qu'il semble, toutefois, le texte en japonais se montre parfois plus satisfaisant que le texte en français.
Tigger Lilly a dit…
Je ne suis pas sûre d'avoir vu cette série. Je la connais évidemment mais je doute de l'avoir vue, ou alors des épisodes isolés. Mais bon, elle est dans ma liste de séries à voir depuis super longtemps, faudrait que je lui fasse un sort à l'occasion.
Anudar a dit…
Je pense que si tu n'es pas sûre de l'avoir vue, alors tu ne l'as pas vue car elle est de nature à faire une forte impression même quand tu ne l'as pas vue pendant des années.

J'avais attrapé un épisode à la télé dix ou douze ans après l'avoir vue quand j'en avais quatre et beaucoup de choses m'étaient revenues en tête alors que ça faisait des années que je n'y avais plus pensé. Plus tard, quand j'ai regardé les DVD l'un après l'autre - et là, on était pas loin de vingt ans plus tard ! - j'ai été frappé de voir à quel pont certaines scènes m'étaient familières.

Essaie de regarder les premiers épisodes et tu sauras tout de suite ce qu'il en est !