Stranger Things saison 3

Un peu moins de deux ans après sa saison 2, voici que Stranger Things nous revient avec un nouveau développement : après l'hiver puis l'automne, il s'agissait de remonter le cycle des saisons et d'explorer l'été d'Hawkins !
Résumé : 
Cela fait huit mois que le "Flagelleur mental" a été banni par Eleven et ses amis. L'année scolaire s'est terminée : El et Mike passent maintenant presque toutes leurs journées ensemble, au point d'en négliger les autres membres de la Bande et d'éveiller des tensions avec le monde adulte... Avec l'ouverture d'un centre commercial et l'arrivée de commerce franchisés, les enseignes indépendantes parfois vieilles de plusieurs décennies sont mises au bord de la faillite. Hawkins et ses habitants sont en train de changer... mais cela ne veut pas dire que les terreurs passées soient tout à fait oubliées. Certains événements troublants révèlent aux plus attentifs que quelque chose se trame. Pourquoi Dustin capte-t-il un message en russe à la traduction sibylline ? Comment se fait-il que les aimants de la ville ne cessent de se démagnétiser ? Mais surtout et enfin... où sont passés tous les rats de Hawkins ?
L'image promotionnelle diffusée plusieurs semaines avant la diffusion des épisodes en disait (presque) trop : cette saison 3 est placée sous le signe du changement. La Bande, formée autour du noyau dur des quatre nerds apparus dans le premier épisode de la première saison, s'était enrichie de deux personnages féminins - dont Eleven - et on commençait à voir graviter autour d'elle quelques autres individualités intéressantes... mais tout ce petit monde grandit et mûrit au fur et à mesure que le temps passe. Deux ans et demi après la disparition de Will puis son retour, les quatre garçons ne regardent plus les filles tout à fait de la même façon : Lucas et Max ne cessent de rompre puis de se retrouver, Mike lui-même vit une relation fusionnelle avec El, Dustin a semble-t-il trouvé son alter ego lors d'un séjour en colonie de vacances... Après avoir été piégé dans le "Monde à l'envers", Will semble désormais piégé dans la pré-adolescence, dont il ne comprend pas que ses amis soient en train de sortir - et il perçoit peut-être même les personnages féminins comme des concurrents. Le changement affecte tout d'abord les façons de penser : qu'on l'admette comme Lucas, Mike, Dustin et Max, qu'on essaie de vivre avec sans le comprendre comme El ou qu'on le refuse comme Will, on se met à cet âge à vivre la réalité selon des lois nouvelles et fluides, et ce d'autant plus que l'été se révèle propice à une certaine forme de tension physique voire sexuelle qui affecte jusqu'aux adultes, comme en témoignent plusieurs scènes de piscine. L'enfance prend donc fin pour les jeunes protagonistes et c'est au fond tant mieux : confrontés à l'horreur par deux fois depuis plusieurs mois, les personnages doivent accumuler des expériences positives - ou non - pour surmonter les traumatismes dont ils ont souffert parfois jusque dans leur chair. La question est posée de savoir si les circonstances les laisseront changer en paix.

Si la Bande et ses pièces rapportées changent, la ville change aussi : l'irruption d'un capitalisme beaucoup moins traditionnel que celui des petits patrons et commerçants d'une bourgade sans réelle importance n'est pas sans faire quelques remous. Le centre commercial Starcourt accueille des magasins de chaîne qui créent des emplois au détriment des enseignes du centre ville, lequel se désertifie à grande vitesse. Hawkins ne va donc pas bien : le personnel de sa galerie marchande flambant neuve est constitué d'étudiants à la recherche d'un job saisonnier, il est nécessaire de conduire ou de prendre le bus pour venir sur place et la profusion de commerces autour du cinéma multiplexe donne l'illusion d'un paradis du consommateur. A perdre son tissu économique traditionnel, Hawkins est en train de perdre son âme et ce n'est pas pour rien si les dernières images de la saison montrent que ses habitants se mettent à considérer l'endroit comme étant maudit. Comme souvent avec Stranger Things, la moisissure visible n'est que le symptôme d'un pourrissement plus profond : le maire corrompu le sait, les intérêts qui ont poussé à la construction du mall sont puissants et leurs représentants s'appellent mauvaises nouvelles - mais jusqu'à quel point sont-ils responsables de la nouvelle horreur qui menace ? Et surtout, ne sont-ils que de nouvelles âmes damnées de la recherche militaire des Etats-Unis ? Suite aux événements des deux saisons précédentes, Hawkins semble être devenue l'endroit de la Terre où le passage vers le "Monde à l'envers" serait le plus facile, comme si la plaie dans le tissu de la réalité que représentait le portail ouvert puis fermé par El ne demandait qu'à béer à nouveau. L'irruption d'intérêts étrangers, en cette ultime phase de la guerre froide, représente un clin d’œil intéressant à une époque où les Etats-Unis craignaient toujours d'être attaqués sur leur propre sol - encore que la pop culture de l'époque imaginait plus volontiers une invasion à grande échelle qu'une cinquième colonne retranchée dans les sous-sols...

Le changement affecte aussi le monstre qui hante cette saison. Après le prédateur solitaire de la première, après l'essaim de marionnettes que le "Flagelleur mental" pilotait depuis le "Monde à l'envers" afin de s'ouvrir le passage vers une réalité plus confortable - à savoir, celle de Hawkins - on assiste ici à une synthèse étrange des choix faits jusqu'alors. S'apparentant plus que jamais à un agent infectieux, le "Flagelleur mental" se révèle capable d'assimiler de la biomasse et de la convertir pour donner lieu à de nouvelles créatures elles-mêmes infectieuses et capable de fusionner en monstres plus gros. Le produit final n'est pas sans faire penser à quelque croisement contre-nature entre un Zerg tout droit sorti de Starcraft et le Blob : dans sa furie dévorante, il ne faut pas perdre de vue que le monstre de cette saison est encore plus dangereux que ceux des saisons précédentes et plus répugnant aussi. Après tout, le Démogorgon semblait n'être qu'un chasseur affamé... ici, la créature est une arme conçue par le "Flagelleur mental" afin de veiller à la bonne réouverture du portail : l'ennemi d'El n'avait pas dit son dernier mot, et l'on découvrira ici le plan qu'il met en oeuvre pour arriver à ses fins. L'univers de la série se complexifiant - après tout, c'est aussi une forme de changement - il était inévitable que des personnages majeurs aient à subir plus que d'autres les terrifiantes conséquences de ce nouvel assaut : si le portail sous Hawkins est aussi facile à rouvrir, il n'en reste pas moins que la Bande ne pourra plus compter sur autant d'alliés à l'avenir et ce pour plus d'une raison.

Tonique, cette saison se caractérise par une fin douce-amère inhabituelle. C'est la fin de l'enfance pour ses jeunes protagonistes, c'est la fin de l'innocence aussi pour leur ville : d'une certaine façon, cette saison est un marchepied vers une intrigue plus globale et peut-être aussi plus menaçante. Je ne serais pas surpris que la prochaine saison - d'ores et déjà prévue - nous donne à visiter une époque beaucoup plus proche de la nôtre... et confronte ses protagonistes à présent adultes aux dangers venus de leur enfance, dans la plus belle tradition de Ça... Bravo !

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