The Shocking Truth About the Scientific Method that Privatized Schools Don't Want You to Know

Voici une novelette issue du numéro de Janvier/Février 2020 de la revue Analog : que cache son titre à rallonge ?
Résumé : 
Toutes les salles de classe ne se valent pas : celle de Ms. Torres a toute la décoration d'une salle de sciences et même une bonne partie du matériel mais ce n'en est pas une... puisqu'elle est soumise aux contraintes pédagogiques et aux programmes sélectionnés par les sponsors de son école privatisée, lesquels désapprouvent l'enseignement de l'évolution et même la pratique de la dissection. Les élèves s'ennuient et vagabondent sur Internet à travers leurs implants : les réprimander peut être considérée comme une agression et valoir un avertissement, écrire un rapport comme une perversion et valoir un blâme ! Aussi, quand l'enseignante décide de motiver ses élèves les plus brillants malgré tout avec un club sciences organisé sur le temps périscolaire, elle ne sait pas dans quel engrenage elle met le doigt...
Il y a quelques temps, je parlais ici de Parenting license, une brillante nouvelle ironisant sur le succès du parenting et des principes scientifiques (supposés) de l'éducation des enfants. Il me semble très intéressant que la présente nouvelle - au titre en forme de clin d’œil grinçant à ces pièges à clics parasitant nos timelines sociales, bien qu'écrite par une autre auteure que Parenting license, puisse presque s'apparenter à une suite pas tout à fait immédiate.

Depuis pas mal d'années, certaines évolutions des programmes scolaires se justifient par des "demandes sociales fortes", comme si chacun était invité à donner son avis sur les contenus d'enseignement et à trier le bon grain de l'ivraie : l'enseignement de l'Histoire doit-il être chronologique ou thématique ? Celui des mathématiques privilégier la règle de trois ou le théorème de Pythagore ? Poser pareilles questions revient à oublier que les enseignants et leur hiérarchie pédagogique sont des professionnels de l'éducation, formés à un très haut niveau de connaissances universitaires dans leur domaine d'expertise : les énoncer ne fait que mettre en évidence une méconnaissance du processus d'enseignement - lequel est fait de mises en relations qui ne peuvent aboutir sans ajustements permanents de la part du pédagogue.

Dans The Shocking Truth..., l'auteure postule que dans un avenir pas trop éloigné les "sponsors" ont gagné le combat et ont mis certaines "demandes sociales fortes" au cœur du curriculum des écoles privatisées qu'ils contrôlent. La science ne doit plus être choquante, elle ne doit plus heurter les émotions voire les "convictions philosophiques" amenées par les élèves depuis leur milieu familial et bannit donc les contenus "dérangeants" : même la méthode scientifique ne peut s'y exprimer, certains élèves faisant remarquer à leur enseignante que l'expérience idiote qu'elle leur propose qu'elle n'a pas de sens. La science étant le produit de la confrontation d'idées dans un cadre bien défini (les résultats obtenus, en particulier, doivent être reproductibles quels que soient les expérimentateurs et le matériel employé) il est en effet évident que ce qu'il se passe dans cette salle de classe n'est ni de la science, ni de l'enseignement. Là où The Shocking Truth... devient très intéressante, c'est lorsque l'idée nouvelle d'une rébellion - en quelque sorte - se fait jour au sein de la salle de classe. L'enseignante a beau mettre en oeuvre les moyens de celle-ci, je crois que l'envie de rébellion provient au départ des élèves eux-mêmes dont un nombre assez important ne se satisfait pas du contenu inutile qui leur est proposé... si bien que la rébellion prend la forme d'une communauté d'amateurs des sciences - un club - qui, répondant aux règles des associations d'élèves, peut s'extraire du contexte des programmes. La chose ne satisfaisant pas les "sponsors" de l'école, il y aura des obstacles et le "club sciences" finira bel et bien par tomber - non sans, on l'espère, susciter surgeons et vocations.

Sarina Dorie montre ici à quel point l'enseignement peut, par moments, tenir de l'art : dans le numéro d'équilibriste de l'enseignante - partagée entre les injonctions de moins en moins douces de sa hiérarchie et son désir de transmission - se trouve l'essence du travail de l'artiste, même si l'objet en est ici la science. Bien que dystopique, cette nouvelle réjouit et rappelle à quel point ce métier difficile est passionnant...

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