Yoko Tsuno tome 30 - Les gémeaux de Saturne

Ce printemps, nous avons été gratifié d'un nouveau Yoko Tsuno et qui mieux est, de cette variété vinéenne qui est celle que j'apprécie le plus !
Résumé : 
Une fois de plus, Khâny est venue chercher le "Trio de l'Etrange" sur Terre pour une mission dans l'espace... Après Mars, la route conduit à Saturne où une "comète morte" émet un mystérieux appel à l'aide. Il semblerait qu'une intelligence, artificielle ou biologique, soit piégée sur ce corps céleste qui porte les traces d'une exploitation vinéenne. Les nouveaux venus seront-ils amis ou ennemis ? Alors que les communications avec Vinéa ont été interrompues, les exilés dont Khâny fait partie se montrent plus méfiants que jamais - et l'amie de Yoko elle-même semble différente...
Le précédent album avait constitué une véritable déception : intrigue peu lisible, dessin étrange par moments... J'attendais donc beaucoup de cette nouvelle livraison - qu'à nouveau je n'attendais peut-être pas tout de suite ? - sans toutefois en espérer tant que ça : Yoko est immortelle, mais Roger Leloup fatigue. Force est de constater qu'un gros effort a été consenti sur l'organisation du scénario : il existe un fil directeur qui n'est oublié à aucun moment - même si quelques personnages nouveaux font irruption sans trop prévenir et s'apparentent en réalité à autant de dei ex machina - et Leloup se concentre sur ce qui est au fond le cœur d'une aventure de Yoko Tsuno... à savoir l'amitié, le mystère science-fictif et le rêve. Poursuivant par ailleurs son travail d'unification des différents univers de Yoko, l'auteur évoque des aventures passées plus souvent qu'à l'ordinaire si bien que les personnages ne ressemblent plus tout à fait à des tables rases comme c'était parfois le cas auparavant. Certes on pourra regretter le caractère linéaire du récit - mais il en a toujours été ainsi avec Yoko Tsuno - et on pourra reprocher aussi à Leloup la réutilisation d'un vieux thème de la série, à savoir celui de la malveillance d'une intelligence artificielle sans même prendre soin comme dans Les 3 soleils de Vinéa d'y faire référence avec un peu d'ironie - mais le respect des thèmes centraux de la série peut contribuer à brider l'imagination de l'auteur. En ce sens, et malgré l'absence de renouvellement clair des enjeux du récit, celui-ci ne dépare pas dans la série et parvient même à satisfaire son lecteur.

En réalité, le véritable défaut de cet album provient bel et bien de ses qualités graphiques inégales. Dans ma chronique du tome 29 évoqué plus haut, je pointais déjà ces difficultés de plus en plus sensibles : ainsi qu'on pouvait le redouter, elles s'aggravent dans le présent album. Roger Leloup aime les machines et en particulier celles qui volent, et on retrouvera ici plusieurs navettes ou vaisseaux spatiaux dont certains proviennent du passé reculé de la série, dessinés avec un soin si méticuleux que l'on en vient à se demander s'il n'en a pas réalisé des maquettes entreposées derrière une vitrine. C'est à travers ce jeu de ressemblances que l'on commence à détecter que quelque chose ne va pas : on retrouve pêle-mêle un Kork sorti de La lumière d'Ixo, le vaisseau des exilés de Kifa dans l'album éponyme, les "djings" de La porte des âmes... Or ces engins, qui étaient à chaque fois par le passé introduits pour des raisons ad hoc, apparaissent ici au coin d'une case et sans réelle justification, donnant ainsi l'impression que Leloup - ayant besoin d'un élément artificiel à superposer à un paysage minéral ou spatial - cherche dans son répertoire ce qui pourrait s'insérer au mieux plutôt que de créer du neuf. Le trouble augmente quand on constate que certains personnages utilisent un équipement pas normalisé : mais pourquoi Lâthy ne dispose-t-elle pas d'un casque, au profit d'un simple masque respiratoire alors qu'elle est exposée au vide spatial ? On en vient à se demander si l'auteur a éprouvé des difficultés à reproduire son impressionnante coiffure derrière la vitre et a choisi cette solution de facilité... Les dernières pages, où les visages derrière les casques subissent une déformation anamorphique, confirment hélas toutes ces mauvaises impressions.

Il faut être conscient, lorsque l'on tourne l'ultime page de cet album, qu'il est sans doute l'un des derniers de la série. Pour juger de celle-ci, on devra donc en tenir compte autant que de n'importe quel autre : si Les gémeaux de Saturne peut s'interpréter comme un mauvais rêve de Yoko - en témoignent, peut-être, ces étranges cases finales où elle pleure comme on peut le faire au terme d'un cauchemar - il faudra se rappeler que le plus souvent, le personnage a fait rêver ses lecteurs. Et c'est aussi cela que Roger Leloup nous rappelle, peut-être sans le vouloir tout à fait, en revenant sans cesse au passé de la série...

Commentaires

Christian a dit…
On dirait que cette série s’essoufle, en plus faire du neuf avec du vieux ça ne marche pas toujours.
Dommage. L’héroine était pleine d’humanité, on en garde un bon souvenir.
Anudar a dit…
Essoufflement, c'est un peu ce qui décrit les derniers albums. Par chance, il est toujours possible de relire les plus anciens pour continuer à rêver...